Slimane Azayri

Slimane Azayri

Des non jeûneurs face à des magistrats asservis à des centres de décision occultes

En Algérie, les magistrats ont toujours été en majorité sous l'influence des courants ultra conservateurs. Si les tribunaux ont rendu le ramadhan passé des jugements de clémence en faveur des « non jeûneurs », ce n'est pas par souci d'équité, loin de là. C'est d'abord pour soigner la vitrine du régime politique actuel (dont la dérive vers des pratiques islamistes se fait de plus en plus évidente) aux yeux des gouvernements étrangers, des ONG des droits humains et de l'opinion internationale en général. Et un peu aussi (ou du moins j'ose seulement l'espérer tant le mépris des tenants du régime en place pour le commun des algériens me parait grand) pour prévenir les dérapages (manifestations de rues, grèves, émeutes…) que des condamnations à des peines de prison pourraient provoquer surtout en Kabylie où les gens se laissent moins marcher sur les pieds par des agents de l'administration publique au service de réseaux d'intérêts politiciens que dans les autres régions d'Algérie.

Ces décisions en apparence favorables aux libertés individuelles  sont en réalité mues  par le souci de donner une bonne image du régime algérien à l'étranger. C'est le cas d'ailleurs de toutes les décisions et actions favorables aux libertés démocratiques, y compris les élections présidentielles et législatives qui n'ont d'ailleurs de « démocratiques » que la façade. On peut dire que les ultra conservateurs ont opéré à ces occasions des replis tactiques et reviendront à l'offensive dès qu'apparaîtront d'autres opportunités d'imposer encore plus leur vision obscurantiste .

Précision historique importante: sur l'essentiel, les ultra conservateurs ont depuis bien longtemps, c'est-à-dire dès les premières années de l'indépendance, eu largement gain de cause en Algérie. En effet à chaque mois de ramadhan, tous les cafés,  restaurants, pizzerias et autres commerces semblables sont fermés la journée. Dans ces conditions, aussi bien les étrangers que les autochtones de confession non musulmane ne peuvent se restaurer. Des journaux de la presse privée ont même rapporté des situations ubuesques où des étrangers non musulmans se voient refuser le petit déjeuner et le déjeuner dans les hôtels où ils séjournent (!).

Conclusion : ces décisions de justice ne sont que des leurres destinés à tromper au sujet des pratiques  autoritaristes  du régime en place à partir du moment où les algériens ne sont, de toute façon, pas en situation de choisir de jeûner ou de ne pas jeûner, vu que les commerces de la restauration sont tous fermés unilatéralement par les autorités en période de ramadhan. Autrement dit, à quoi sert de faire consacrer un droit par toutes les constitutions algériennes successives, celui de la liberté de conscience et de culte, si les algériens n'ont pas la possibilité de l'exercer de manière légale, c'est-à-dire dans la dignité et la transparence et non pas en cachette et avec un sentiment de culpabilité, ce qui n'a pas lieu d'être étant donné qu'il s'agit avant tout de l'application d'une prescription  religieuse et non pas d'une règle sociale ou humaine ?



10/02/2012
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