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L'idée de Niya (simplicité, droiture) dans la société kabyle traditionnelle selon Pierre Bourdieu

Dans la société kabyle traditionnelle, l'idée de niya résumait toutes les vertus paysannes selon Pierre Bourdieu. Vrai ou faux ?

Pierre Bourdieu tente une description et une interprétation de l'un des principes de comportement les plus importants dans la société traditionnelle, "niya". Personnellement, je partage en partie seulement sa définition, à savoir celle où elle est présentée comme synonyme de simplicité, droiture, sobriété. Je réfute par contre son assimilation à l'innocence et la naïveté (niya étant toujours l'acquis d'une expérience positive de la vie), à tiâuggant (idiotie, donc à l'opposé de niya manque de discernement et d'expérience). D'autre part, contrairement à ce que P. Bourdieu dit, niya ne peut empêcher les paysans d’être calculateurs et prévoyants, car il en va de leur survie et de celle de leurs familles; en effet, l'usage veut que les produits essentiels (grains, huile d'olive, figues sèches, légumes secs) sont stockés pour la consommation d'une année au moins. Enfin, il est erroné d'affirmer que "toutes les vertus paysannes tiennent en un mot, niya ..." dans la mesure où d'autres vertus considérées aussi importantes avaient aussi une grande force; il s'agit en particulier de nif (l'honneur en tant que vertu cardinale qui guide le comportement des hommes et des femmes) et laâkel (la raison, la sagesse).

Voici le texte de Pierre Bourdieu:

"Toutes les vertus paysannes tiennent en un mot, niya (ou encore tiâuggant), c’est-à-dire innocence, naïveté, simplicité, droiture. La niya exclut l’avidité, ce que l’on appelle « le mauvais oeil », thit ; elle s’accompagne de la sobriété, c’est-à-dire l’art de modérer ses besoins. Bou niya, l’homme simple et droit, ignore le calcul et la prévision, car il ne sied pas de prétendre percer les desseins de la Providence, mais, respectueux de la tradition, il se gare de tout consommer en un jour. Il ne vend pas à un autre fellah certains produits, en général tous ceux que l’on consomme frais, lait et beurre, légumes et fruits. Il n’établit que des relations fondées sur la confiance entière, et, à la différence du maquignon, spécialiste du marché, ignore les garanties dont s’entourent les transactions mercantiles : témoins, actes écrits. Il ne parle que de ce qui touche à la vie paysanne et villageoise, tenant tout autre sujet pour impie, tels ceux que les ouvriers agricoles ou les émigrés ont introduits. Il entretient avec sa terre et ses bêtes, auxquelles il sait parler un certain langage, un véritable rapport de familiarité. A la niya s’opposent tiharchil’adresse, l’habilité et, péjorativement, la malice, ainsi que tahraymith, la méchanceté impie (lahrman, le tabou), le calcul et la ruse."

 Bourdieu (2008) La société traditionnelle attitude à l’égard du temps et conduite économique [1963] pp.92-93 in Esquisses algériennes, Paris : Seuil



02/08/2015
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